Avant d'être une fête, le thon est une histoire. Ce poisson migrateur, qui remonte l'Atlantique de juin à octobre, est lié à l'île depuis au moins le XVIe siècle. Au fil du temps, Port-Joinville devient l'un des premiers ports thoniers de France — dans les années 1950, même le premier.
Évolutions d'une pêche
Pendant des siècles, la pêche au thon se pratique à la ligne traînante et à la canne, à bord des élégants dundees, ces voiliers à deux mâts dont la silhouette reste gravée dans la mémoire collective islaise. En 1986, sous l'impulsion de l'Ifremer, les thoniers islais adoptent le filet maillant dérivant : les captures passent de 125 tonnes en 1987 à plus de 2 000 tonnes en 1992. Mais cette réussite attise les tensions avec les pêcheurs espagnols et basques. Le conflit culminera en juillet 1994 avec l'abordage violent du thonier islais La Gabrielle par des pêcheurs galiciens. Un reportage de Jean Groc sur cet abordage.
La naissance du Grand Festin
C'est paradoxalement une décision européenne qui donne naissance à la fête. En 2002, l'Union européenne interdit définitivement le filet maillant dérivant. Face à cette menace sur leur identité maritime, la communauté islaise réagit : commerçants et habitants organisent alors, à la fin de la campagne germonière, une fête du thon collective :« Le Grand Festin » sur le quai de Port-Joinville. Ce qui était un simple rituel de fin de saison entre pêcheurs devient une célébration publique ouverte à tous. La fête est à la fois un acte de résistance culturelle et un hommage à cinq siècles de pêche au germon.

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