Dans un monde où chaque minute creuse est immédiatement comblée par un écran, un scroll, une notification, l'ennui est devenu une expérience rare. Pour les adolescents d'aujourd'hui, ne rien faire est presque une transgression. Et pourtant, s'ennuyer pourrait bien être l'une des choses les plus utiles qu'un jeune puisse apprendre à faire.
L'ennui comme espace de construction
L'ennui n'est pas un vide. C'est un espace. Lorsqu'un adolescent se retrouve sans programme, quelque chose se met en marche : il pense, il rêve, il invente. C'est dans cet entre-deux inconfortable que naissent les passions, les projets, les vocations. Les neurosciences l'ont confirmé : le réseau dit « par défaut » du cerveau, celui qui s'active précisément quand on ne fait rien de particulier, joue un rôle essentiel dans la créativité, l'empathie et la construction de l'identité. L'ennui, en somme, est neurologiquement productif.
Ce que les écrans ont volé
Le problème n'est pas que les adolescents s'ennuient moins, c'est qu'ils n'ont plus le temps de le faire. Le téléphone portable est devenu le meuble anti-ennui par excellence : disponible à toute heure, il offre une stimulation instantanée qui court-circuite toute possibilité de vide intérieur. Apprendre à poser son téléphone, à regarder par la fenêtre, à ne rien faire pendant vingt minutes sans ressentir une angoisse diffuse, voilà ce qui est devenu, paradoxalement, une compétence rare.
« L'ennui est la salle d'attente de la créativité. »
Redonner le droit à l'ennui
Cela suppose un effort collectif : des parents capables de tolérer un enfant qui traîne sans but, des emplois du temps scolaires qui laissent des plages de liberté non structurée, une culture du temps libre qui ne confonde pas repos et divertissement. Il faut créer les conditions pour que l'ennui advienne : couper le wifi, sortir sans destination précise, laisser un après-midi entier sans plan. C'est souvent dans ces moments-là que quelque chose d'essentiel commence.

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